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Cinématographe : « Les Oubliés » (vidéo)

« Les Oubliés »

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Ils sont onze, comme un cortège apostolique fêlé. Le douzième n’était pourtant pas un Judas. Il a perdu la vie dès les premières minutes de la terrifiante mission qu’on leur a imposée. En mai 1945, le Danemark décide de recourir à des prisonniers de guerre allemands pour déminer ses kilomètres de côtes piégées par les nazis. Après une instruction éclair, onze soldats de 15 à 18 ans sont envoyés sur la côte ouest du pays. « 45.000 mines, soit six mines par heure et par homme pendant trois mois », aboie le sergent danois haineux et tyrannique (Roland Moller) qui leur sert de Cerbère. Le calcul est implacable, mais la réalité qui le sous-tend l’est davantage: le moindre faux pas et ils ne reverront jamais leur pays.

S’il a choisi de porter à l’écran « des faits historiques qui ne sont pas franchement à la gloire du Danemark », le réalisateur Martin Zandvliet rejette toute idée de « désigner un coupable ». Les Oubliés, affirme-t-il, « parle de vengeance et de pardon. C’est l’histoire d’une bande de garçons contraints de se racheter au nom de toute une nation ».

Dans le cadre âpre et sauvage de la côte danoise sous le soleil d’été, on suit donc, la boule au ventre, les journées de déminage de ces gamins pathétiques, astreints à traquer, à plat ventre sur le sable, les pièges mortels imaginés par les leurs à l’intention de ceux qui sont finalement devenus leurs bourreaux. En s’inversant, l’histoire n’a pas changé le mal en bien. Car ces Oubliés sont des innocents et la caméra de Martin Zandvliet capte alternativement leur ténacité, leur révolte et leur candeur écorchée avec une force bouleversante.

Le Danemark avait rendu les armes dès le 9 avril 1940 et connu l’occupation allemande jusqu’en mai 1945. Ce seul fait explique que les démineurs de fortune ne trouvent que haine et esprit de vengeance chez leur garde-chiourme, ses supérieurs et jusqu’à la fermière voisine du baraquement où ils sont enfermés chaque nuit. Mais Martin Zandvliet a décidément le sens de la complexité de l’histoire et de la nature humaine. Avec le temps, des regards changent. Des cœurs s’ouvrent (un peu). Pas tous, tant s’en faut, et les officiers danois offrent une image saisissante de la folie où mène la vengeance. Entre deux séquences à haute tension, le sergent Rasmussen hurle, s’attendrit, fait volte-face. Les gamins, eux, essuient brimades et vexations, en s’agrippant à l’espoir d’un avenir dans une Allemagne en ruine. Près de 2.000 Allemands à peine sortis de l’enfance furent envoyés au déminage du Danemark. La moitié d’entre eux y laissèrent leur peau ou revinrent mutilés.

Actuellement dans quelques rares salles de cinéma.

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