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Comment Macron veut faire imploser les Républicains

Après avoir réduit en lambeaux le Parti socialiste, dont le candidat officiel n’a obtenu que 6,36 % des suffrages le 23 avril, soit un point de plus que Gaston Defferre en 1969, Emmanuel Macron entend dynamiter la “droite” parlementaire. C’est ainsi qu’il faut comprendre la nomination le 15 mai au poste de Premier ministre du maire juppéiste du Havre Edouard Philippe, lui-même ancien rocardien. Cette prise de guerre ne saurait se réduire à un débauchage individuel, comme veut le croire pour se rassurer Bernard Accoyer, le secrétaire général des Républicains. D’ailleurs, le jour même de la nomination à Matignon du maire LR du Havre, une vingtaine d’élus de la droite et du centre appelaient publiquement à apporter une réponse à cet « acte politique de portée considérable ». Ces responsables LR et UDI, dont des juppéistes et des lemairistes, ont en effet jugé que leurs familles politiques « doivent répondre à la main tendue » par Emmanuel Macron. « La droite et le centre doivent prendre la mesure de la transformation politique qui s’opère sous leurs yeux », plaident ces élus, dont Benoist Apparu, Thierry Solère, Fabienne Keller, mais aussi Gérald Darmanin, Christian Estrosi et Nathalie Kosciusco-Morizet, dans un communiqué commun. « Plutôt que les anathèmes, les caricatures, les exclusions, nous demandons solennellement à notre famille politique d’être à la hauteur de la situation de notre pays et de l’attente des Français, qui, au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, attendent de nous d’être au rendez-vous de l’intérêt général », estiment ces 22 élus qui rêvent sans doute tous d’un maroquin. 

Quant à Alain Juppé, il a réagi très favorablement à la nomination d’Edouard Philippe au poste de Premier ministre. Il faut dire que c’est l’un de ses intimes. Le député-maire de Bordeaux a également déclaré qu’à l’issue des législatives les Républicains ne devaient pas se placer dans une opposition systématique ni faire de l’obstruction mais participer à un dialogue constructif avec le gouvernement. Il est donc clair que Juppé est prêt à intégrer, d’une manière ou d’une autre, la majorité présidentielle. De toute façon, qu’on le veuille ou non, tous ceux qui ont appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour font objectivement partie de la majorité présidentielle. Au reste, les mêmes partisans de Bruno Le Maire et d’Alain Juppé, dont à l’époque Édouard Philippe en personne, avaient déjà entre les deux tours de la présidentielle, mis en garde leur “famille” contre le « rétrécissement de la droite sur une ligne politique exclusivement identitaire et conservatrice », qui serait « sans issue ». 

Ce qui se passe actuellement (l’investiture donnée par la République en marche à plusieurs dizaines de députés socialistes sortants, la volonté d’annexer l’aile gauche des Républicains) a au moins un mérite : montrer qu’au fond tous ces gens sont d’accord entre eux, qu’ils mènent la même politique, sortent des mêmes écoles, obéissent aux mêmes mots d’ordre, servent les mêmes lobbies, sont soumis aux mêmes puissances. Ils sont tous mondialistes, européistes et libéraux-libertaires. Ils sont tous pour l’Union européenne, l’OTAN, l’ONU, la Banque mondiale, l’IVG, le “mariage pour tous”, la théorie du genre et la PMA. Preuve d’ailleurs de son profond malaise, le secrétaire général des Républicains a écarté toute procédure disciplinaire, toute mesure d’exclusion contre Edouard Philippe. Quant à François Baroin, qui s’est autoproclamé Premier ministre en cas de majorité absolue des Républicains et de l’UDI à l’Assemblée nationale le 18 juin au soir, il se montre bien peu combatif et se garde de condamner violemment l’attitude d’Edouard Philippe et des parlementaires LR et UDI approuvant publiquement sa démarche. C’est qu’au fond il n’y a aucune différence de fond entre le franc-maçon Baroin et Macron, l’homme de la finance et des lobbies. Pas plus qu’il n’y en a entre Macron et Juppé qui sont interchangeables. Leur différence est essentiellement générationnelle. Macron a, lui, un physique de gendre idéal ; il surjoue l’homme affable, sympathique et chaleureux, qui est dans l’empathie (il a longuement touché la nuque de Collomb et de Bayrou lors de la cérémonie d’investiture le 14 mai). 

Avec Edouard Philippe à Matignon, nous retournons vingt-deux ans en arrière lorsque Chirac, à peine élu en mai 1995 à la magistrature suprême, nommait à Matignon « le meilleur d’entre nous », son fidèle disciple et collaborateur Alain Juppé. A dire vrai, c’est même un retour en arrière de quarante-trois ans auquel nous assistons actuellement tant le presque quadragénaire Macron ressemble au quadragénaire Giscard, élu en mai 1974. Comme l’homme de Chamalières, Macron incarne la modernité pleinement assumée, y compris dans ses dimensions les plus contestables. Comme Giscard, il est d’avance acquis à toutes les révolutions sociétales : la dépénalisation de l’IVG et l’institution du divorce par consentement mutuel hier,  la généralisation de la PMA et l’enseignement de la théorie du genre aujourd’hui. Comme VGE, il est libéral, européiste, atlantiste et mondialiste. Comme D’Estaing, il sacrifiera les derniers lambeaux de souveraineté de notre nation à l’ogre européiste et bruxellois. Comme Giscard, il accorde le primat à l’économisme (on se souvient de VGE et de ses savants graphiques qui impressionnèrent tant d’électeurs avides de savoir lors de la présidentielle de 1974) au détriment de la défense des valeurs traditionnelles, de l’histoire et de la culture françaises. Ce n’est ainsi pas un hasard si, le soir de son élection, Macron, en tenant la main de Brigitte, a chanté la Marseillaise, la main sur le cœur, à l’américaine, devant la pyramide du Louvre. Contrairement à ce qu’ont dit certains commentateurs extatiques, ce n’était pas l’exaltation de l’histoire de France. C’était notre pays vu et redessiné par Hollywood. 

Le lendemain de l’élection de Macron, TF1 a diffusé un intéressant reportage sur les coulisses de la présidentielle où l’on voit longuement le futur président et son équipe pendant toute la campagne. En regardant le documentaire, on avait l’impression d’une petite start-up désireuse d’acheter et d’avaler l’entreprise France, de professionnels, certes très bien organisés, se donnant comme objectif d’acquérir la maison-mère pour enrichir leur patrimoine, compléter utilement leur curriculum vitae et satisfaire leur vanité. Et il faut reconnaître que Macron, qui a fait du théâtre dans sa jeunesse avec comme professeur “sa” Brigitte, a le sens de la mise en scène. Ce fut vrai le soir de son élection avec sa lente marche pendant de longues minutes dans la cour carrée du Louvre au son de l’Hymne de la joie de Beethoven (il faut reconnaître que cela avait de l’allure !), ce fut encore plus vrai huit jours plus tard pour son investiture, avec le choix de plusieurs morceaux de musique classique donnant de la solennité à la passation de pouvoir, avec un discours très présidentiel se voulant grave et solennel rendant explicitement hommage à ses sept prédécesseurs, de De Gaulle à Hollande inclusivement, avec la remontée des Champs-Elysées dans un véhicule militaire pour montrer son attachement aux forces armées et prouver qu’il savait, lui aussi, faire dans le régalien. 

Aussi détestable que soit la politique qu’il va mettre en œuvre, aussi exécrables que soient les forces financières, politiques et médiatiques qui le soutiennent, il ne faut pas minorer l’intelligence et l’habileté manœuvrière de cet homme dont a dit un peu vite qu’il n’était qu’une bulle médiatique qui allait immédiatement éclater. L’on n’a jamais intérêt à sous-estimer un adversaire. L’homme a beau n’avoir que 39 ans, il a pour le moment réussi un sans faute. Certes il bénéficie de soutiens puissants et complaisants mais il semble apprendre vite de ses erreurs, savoir s’entourer, soigner son image, séduire son auditoire. L’oligarchie a réussi un coup de maître en le faisant élire. 

Dans un pays aussi fracturé que la France, il finira certainement par décevoir comme tous ses prédécesseurs. Mais en attendant il est là et bien là. Et quand on voit l’état des différentes oppositions tant sur sa droite que sur sa gauche, oppositions qu’il a d’ailleurs fortement contribué à affaiblir et à démanteler, il se pourrait qu’il ne soit pas si simple que cela de le déloger. D’autant qu’il serait surprenant qu’il ne dispose pas aux législatives d’une majorité, au moins relative, et peut-être même absolue, lui permettant alors de gouverner, sauf événements extraordinaires et imprévisibles, pendant cinq longues années. Une perspective, on en conviendra, bien peu réjouissante. 

Éditorial de Rivarol n°3283 du 18/5/2017

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Commentaires (1)

  1. gallaut dit :

    France Television : Michel Field et Alexandre Kara remplacent David Pujadas par Anne-Sophie Sadoun.
    http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/05/17/david-pujadas-est-ecarte-du-journal-de-20-heures-de-france-2_5128997_1655027.html

    France Strategie : Michel Yahiel demande a Joelle Toledano de presider un groupe de travail sur les blockchains.
    http://www.newspress.fr/Communique_FR_302720_2977.aspx

    France Inter : Anna Sigalevitch conseille « Moise et Aron » de Schonberg par Philippe Jordan.
    https://www.franceinter.fr/emissions/la-chronique-d-anna-sigalevitch/la-chronique-d-anna-sigalevitch-17-mai-2017

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