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1947, quand le commissaire Maigret devient Monsieur Six

Quoi de plus inoffensif qu’un roman de George Simenon, surtout s’il s’intitule « Les vacances de Maigret ».

Seulement voilà, à l’aube d’une ère nouvelle, en 1947, depuis le nouveau monde à Tucson en Arizona, Simenon a peut-être décidé de glisser à l’ouverture du roman un message proprement messianique pour les générations futures, message que nous pouvons seulement comprendre aujourd’hui quelques 70 ans après.

Qu’on en juge, voici le fil rouge de l’ouverture (page 1 – 2 et 4 puis 58) :

 « Il soupirait parce qu’il allait, comme les jours précédents, devenir un autre homme.

Pas même un homme. Ses épaules restaient les massives épaules du commissaire Maigret, la silhouette ne devenait pas moins lourde.

Il se tournait vers la droite, machinalement, et il saluait d’une inclinaison du buste, comme l’enfant de chœur passant devant l’autel, en murmurant :

 –  Bonjour, ma sœur…

 – Bonjour, monsieur 6… Je téléphone pour savoir si vous pouvez monter

 – Allo !… prononçait-elle à voix feutrée, Monsieur 6 est en bas…

 – Vous voulez venir, monsieur 6 ?

Invariablement, Sœur Aldegonde venait jusqu’au seuil de la grande salle rien que pour lui dire dévotement :

 – Bonjour Monsieur 6

Puis, un peu plus loin, Sœur Marie des Anges poussait, en s’effaçant, la porte marquée du numéro 6.

Un imbécile aurait peut-être prétendu qu’elle était amoureuse de lui. Il savait bien que c’était autre chose, que c’était plus simple, très naïf, très petite fille au fond.   

Comme cette idée, qui venait d’elle, de l’appeler Monsieur 6. »

Simenon semble nous dire que le granitique Maigret, incarnation de l’homme occidental à son apogée, au sommet de l’évolution, ne va plus être désormais qu’un Monsieur 6. Cela le fait soupirer, preuve que cela ne lui fait pas plaisir : il sait qu’il est sur la mauvaise pente. Il sait que l’Occident, désormais peuplé de Messieurs 6 est sur la pente fatale.

Exégèse ou exagération ?

Il n’y a peut-être pas de message du tout, le point clé pour en décider est de savoir si le chiffre « 6 » est bien une allusion au nombre « 6 Millions » ou si l’auteur a mis « 6 » comme il aurait pu mettre « 5 » ou « 7 ».

Mais dans ce dernier cas, on ne voit pas en quoi devenir « Monsieur 5 » ou « Monsieur 7 » serait de nature à faire soupirer Maigret, ni en quoi cela justifierait des expressions aussi fortes que « devenir un autre homme » et « pas même un homme ».

Sur la forme, il faut noter que le passage est en début de roman, endroit stratégique, quant au contexte, il faut y insister : nous sommes en 1947, nous connaissons l’idéologie générale de Simenon et nous savons qu’il a dû partir aux Etats-Unis précisément parce que cette idéologie est liée (à tort ou à raison) à un certain chiffre six.

Alors, devait-on s’attendre à ce que Simenon reste sans voix ni réaction face à un événement aussi monstrueusement capital que la seconde guerre mondiale, une guerre si déterminante pour l’avenir de l’Occident par son issue ? N’est-il pas tentant, lorsque l’on dispose d’un média comma Maigret, d’insérer un message ? Est-il si difficile de le faire, sans trahir son personnage et son œuvre, lorsqu’on a le talent de Simenon ?

Beaucoup d’indices qui font chaud au cœur et, en face, rien pour nous empêcher d’espérer que Maigret soit de notre camp alors, espérons.

Francis Goumain

Pierre Olivier

Commentaires (2)

  1. Blackreptile dit :

    ça mériterait quelques explications;personnellement je ne comprends pas très bien,à travers vos allusions, votre message sophistiqué…comme celui de Simenon.

  2. Le chiffre 6 pour une allusion à 6 millions ? Je ne comprends rien ! 6 millions de quoi ? De Francs ? Je crains cependant de deviner que vous feriez allusion à cette propagande selon laquelle à un moment donné, il fut prétendu qu’il y aurait eu 6 millions de Juifs bien sûr exterminés ? Pourtant il n’y en avait même pas la moitié en tout dans toute l’Europe en 1939 !?… La réalité fut déjà maquillée de probablement 350.000 Juifs victimes de la guerre et des efforts conjugués de certaines organisations juives bien connues dont on a les documents reproduits notamment dans le livre de Roger HOLEINDRE avec ceux du Ministre Juif du Gouvernement allemand. Ces efforts tendaient à le expédier contre leur gré en Israël. Le formidable désastre humanitaire résulte de cette volonté écroulée sous le poids des bombardements économiques anglo-américains. Américains qui se sont permis à l’ouverture des camps de rétentions de pousser les cadavres des morts de faim encore « frais » dans les fosses communes, creusées aussi au BULLDOZER. Le nombre fut augmenté jusqu’à 10.000.000 à NUREMBERG pour faire « fort » ! Puis re-ramené à 6 millions pour faire « important ». Toute cette invention uniquement destinée à tenter de blanchir la responsabilité de certaines organisations et des anglo-saxons dans ce massacre ne prend plus ! Donc il est possible que SIMENON y est cru comme beaucoup encore de nos jours ? Mais il est possible aussi que cela n’ait absolument rien à voir ? Pour ma part, comme beaucoup d’historiens et de scientifiques sérieux, j’aimerais beaucoup que la VERITE soit retrouvée sur cette triste affaire européenne, comme sur celle ponctuelle de KATYN, dans laquelle les Juifs ne sont aucunement les principales victimes quantitatives d’une guerre qui fit bien plus de millions de morts non Juifs aussi ! Il faut remettre toute l’HISTOIRE en perspective réelle…

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