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5 mai 1876 Le massacre des Bulgares de Batak par les Bachis-Bouzouks de l’Empire ottoman

Le massacre de Batak, perpétré autour du 5 mai 1876, fait référence au massacre de Bulgares dans la ville de Batak par des troupes irrégulières de l’Empire ottoman, en 1876, au début de l’insurrection d’Avril. Un des nombreux soulèvements des Bulgares, qui conduiront finalement à la délivrance nationale après l’épopée de Shipka en mars 1878 et l’intervention des troupes russes et roumaines, commandées par le Roi Carol 1er, en soutien à leurs frères orthodoxes.

Le nombre de victimes est estimé à 3 000 – 5 000, selon les estimations les plus basses.

Batak joua un rôle important pendant l’insurrection bulgare contre des siècles de tyrannie ottomane d’avril 1876. La ville proclame son indépendance quelques semaines après le soulèvement et sous la direction de son voïvode Petar Goranov se révolte le 22 avril. Pendant 9 jours, les autorités du Comité Révolutionnaire la dirigèrent.

Mais le pouvoir turc réagit : 8 000 Bachi-Bouzouks, surtout des Pomaques (Bulgares musulmans) accompagnés de pillards tsiganes commandés par Ahmet Aga de Barutin, se dirigèrent vers Batak. Sous l’occupation ottomane, les Pomaques faisaient partie du Milliyet musulman, le groupe privilégié de l’Empire ottoman, tandis que les Chrétiens étaient des sujets de seconde zone.

Свобода или Смърт ! La liberté ou la mort ! Drapeau des rebelles insurgés de 1876

Le carnage peut commencer.

Au cours de l’insurrection, des habitants trouvent refuge dans l’église Sveta Nedelya. A l’époque c’était le bâtiment le plus solide de la ville, fait de grosses pierres, avec des grandes portes en chêne. Au total, 2000 personnes, pour la plupart des femmes, des enfants et des vieillards, s’y enferment, pour se défendre des attaques des Turcs. N’arrivant pas à enfoncer les solides portes, les Turcs tentent immédiatement d’incendier l’église. Mais elle est construite en pierres et résiste. Seul l’iconostase en bois est brûlée.

Ekaterina Peïtchinova, directrice du Musée d’Histoire de Batak, raconte la fin du siège : « L’église résiste pendant trois nuits, sous les tirs incessants de l’ennemi. Les Turcs lançaient des ruches d’abeilles et des bottes de paille en flammes pour obliger les gens à sortir. La plupart des prisonniers malgré eux meurent asphyxiés. Pour humecter leurs lèvres et celles de leurs enfants, les femmes utilisaient l’huile des encensoirs des icônes et même le sang des morts. Un vieillard avait même donné le conseil de commencer à creuser la terre pour trouver des eaux souterraines. Le printemps était sec et pas une seule goutte de pluie n’était tombée. Après trois nuits de martyre, les survivants décident de chercher le salut à l’extérieur. Mais devant les portes de l’église les attendait Ahmed aga. Ils avaient le choix entre l’islam et la mort. Tous meurent en vrais chrétiens. »

Les martyres furent canonisés par l’Église orthodoxe bulgare le 3 avril 2011 et sont désormais commémorés le 17 avril. La fête porte le nom de jour de Convocation des martyrs de Batak.

Les survivants de Batak décidèrent de négocier avec Ahmet Aga. Celui-ci leur promit le retrait de ses troupes à la condition que les Batakis soient désarmés. Mais dès que les Batakis déposèrent les armes, les Bachi-Bouzouks attaquèrent la population sans défense. La plupart des victimes furent décapitées, ou éventrées. Cette pratique fut systématique pour les futures mères, les bébés à naître étant arrachés vifs de leurs ventres… Selon les sources, 5 000 personnes furent, au minimum, massacrées à Batak même.

Apprenant qu’il y aura une enquête sur les cruautés des Bachi-Bouzouks, les autorités turques essaient d’effacer les traces du carnage. Ils essaient d’enterrer les corps dans une fosse commune et passent à la chaux les murs de l’église, mais le sang apparaît à travers les fissures…

Selon le rapport d’Eugene Schuyler, publié dans le Daily News, le nombre total de victimes de l’Insurrection d’Avril s’élève à au moins 15 000 personnes exécutées en plus de 36 villages situés dans trois districts brulés.

Selon Donald Quataert, environ 1 000 Musulmans furent tués par des Bulgares chrétiens pendant les combats tandis que 3 700 Chrétiens le furent par des Musulmans, après qu’ils ont eu déposé les armes.

Un rapport britannique contemporain mentionne seulement 46 musulmans, des hommes, tués.

Cranes des massacres de Batak en 1876 en Bulgarie

Schuyler décrit les choses qu’il a vues : « (…) De tous les cotés il y avait des os humains, des crânes, des côtes et même des squelettes complets, des têtes de jeunes filles encore ornées de tresse, des os d’enfants, des squelettes encore habillés. Ici il y avait une maison au sol encore blanc des cendres et des os calcinés d’une trentaine de personnes brûlées vives. Là se trouvait l’endroit où le notable du village, Trandafil, fut empalé, rôti, puis enterré. Il y avait aussi un fossé plein de corps en décomposition, un moulin rempli de cadavres enflés. L’école abrite les restes de 200 femmes et enfants y ayant trouvé refuge, ils ont brûlé. Dans l’enceinte de l’église et dans l’église elle-même, où on peut encore trouver une centaine d’éléments épars à moitié pourris, on distinguait, à travers des pierres déposées là pour les cacher, un tas de plusieurs pieds de haut fait de bras, de jambes et de têtes, empoisonnant l’atmosphère.

Depuis ma visite, par ordre de Mutessarif, le Kaimakam du Tatar Bazardjik fut envoyé à Batak, avec de la chaux prévue pour aider à la décomposition des cadavres et pour empêcher la pestilence.

Ahmet Aga, qui a commandé le massacre, fut décoré et promu au rang de Yuz-bashi… »

Plusieurs mosquées turques construites de nos jours en France portent son nom…

Un autre témoin des résultats du massacre est le journaliste américain Januarius MacGahan : « Un morceau de plafond, un mur incomplet s’élevant, tout le reste en ruines… Nous avons encore regardé le tas de crânes et de squelettes face à nous pour nous apercevoir qu’ils étaient tous petits et que la facture des vêtements embarrassés dans ces os gisant là était faite pour les femmes. Ce n’était, par conséquent, que des femmes et des fillettes. De ma selle, je distinguais environ cent squelettes, sans compter ceux cachés sous les premiers dans un horrible tas. D’autres squelettes étaient dispersés un peu partout à travers les champs. La plupart des crânes étaient séparés du reste des os, les squelettes étaient presque tous sans tête. Ces femmes avaient toutes été décapitées… et la procédure avait été, semble-t-il, la suivante : ils auraient saisi une femme, l’auraient soigneusement dépouillée de sa chemise, auraient déposé au sol les vêtements les plus onéreux, ainsi que les bijoux qu’elle aurait pu porter. Puis tous ceux qui en avaient envie les avaient violées, et le dernier passé la tuait ou pas, selon son humeur… Nous avons jeté un œil dans l’église incendiée mais non détruite, à la charpente noircie. C’était un bâtiment peu élevé au toit bas, que supportaient de lourdes arches irrégulières. Il était à peine possible pour un homme de haute taille de s’y tenir. Ce qu’on vit là était trop horrible pour un rapide coup d’œil. Un nombre immense de cadavres avaient été partiellement brûlés là et les restes carbonisés semblaient à moitié remplir la pièce, jusqu’aux sombres arches basses, ce qui les rendait encore plus sombres et basses. Les restes gisaient dans un état de putréfaction tel qu’il était impossible de s’y attarder. Je n’aurais jamais pu imaginer quelque chose d’aussi horrible. Nous devînmes tous malades et titubâmes hors de l’église ravagée, contents de retrouver la rue de nouveau. Nous fîmes le tour de la place et vîmes le même spectacle se répétant encore et encore une centaine de fois. Des squelettes masculins avec des vêtements et de la chair, encore pendus et pourrissant de concert, des crânes de femmes à la chevelure traînant dans la poussière, des os d’enfants partout. On nous montra là une maison où 20 personnes avaient brûlé vives ; là une autre dans laquelle une douzaine de fillettes avaient trouvé refuge et avaient été assassinées. C’était partout des horreurs cachant d’autres horreurs… »

Le commissaire du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, M. Baring décrit les évènements comme « le crime le plus odieux ayant terni l’histoire du siècle ».

En octobre, M. Baring eut à revenir sur les procédures de la commission turque.

Six mois après la fermeture de la commission, la décision d’affirmer que le massacre de Batak est un crime n’avait pas été prise…

Mais que ce soit en France ou en Bulgarie, les Nationalistes n’oublient ni les héros ni les martyrs. Demain la croix trônera de nouveau sur le dôme de Sainte-Sophie, Istanbul redeviendra Constantinople et nous pavoiserons San Stefano des drapeaux de la Chrétienté d’orient restaurée !

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Pierre Olivier

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