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Konrad Adenauer (1876-1967)  et la Waffen SS en 1952

L’histoire d’un pays est rendue obscure par la méconnaissance des constituants qui le caractérisent à tel moment, Et le paradoxe est que les idées formées après la  longue période de  ces 70 années d’après-guerre sont comme une figure ou une tête dotée d’une langue, mais dont la chevelure serait autant de mèches d’oubli lui tombant sur les yeux. Il en va ainsi, surtout dans ce tapage incessant de l’opinion publique faisant fi des grandeurs estimables et voulant tout rabaisser à ses propres vues intéressées ou ses passions politiques souvent théâtrales, hystériques, au point que ce qui touche à l’engagement dans le corps d’élite grand-allemand puis non seulement européen, mais eurasiatique, est obscurci au point de rivaliser avec le  morbide fantastique des séries d’horreur cinématographiques.

Des cris s’élèvent maintenant pour fustiger le gouvernement allemand qui a donné des pensions à tous les volontaires non allemands qui ont servi dans la coalition très vaste  embrassant les Tartares et les Turcomans qui ont pu lui en  demander. Pour ces derniers particulièrement la qualité de citoyens leur a été promise, pendant la guerre,  et attribuée pour services rendus par des soldats régulièrement  recrutés,  à l’Allemagne. Il est normal qu’un Etat reconnaisse des engagements qu’il a souscrits avec des gens ayant agi sans contrainte. On oublie cependant de préciser qu’à la différence des pays vainqueurs de l’Allemagne dans cette longue guerre que Churchill, dont De Gaulle reprit la formule, qualifia exactement de seconde guerre de Trente Ans, – comme celle de 1618-1648 ayant diminué très grandement  le nombre des « Impériaux », comme on les nommait,  allemands de cette époque- , les pays coalisés  ayant criminalisé l’engagement dans la SS ou littéralement « échelons de protection », après le procès de Dachau contre les soldats  de l’offensive des Ardennes de fin 1944. L’accusation, accompagnée de tortures physiques des inculpés parfois châtrés, dont témoignèrent des chirurgiens, d’avoir fusillé des prisonniers conduisit à cette criminalisation générale du corps entier aucunement acceptée par le gouvernement allemand constitué en 1949. Le chancelier Adenauer trouva, en effet, la formule de traiter les volontaires  de la Waffen SS des soldats comme les autres, comme il s’en exprima en 1953 devant les gens de son parti de l’Union Chrétienne Démocrate (C.D.U) à Hanovre, ou à le citer littéralement : « Les hommes de la Waffen SS étaient des soldats également comme les autres » (Die Männer der Waffen-SS waren Soldaten wie alle anderen auch). Ceci permit de pallier aux interdictions mesquines occasionnelles des occupants militaires de fournir des  appareils à des infirmes, et de permettre des réunions périodiques d’Anciens, de publier des revues comme le Der Freiwillige für Einigkeit, Recht und Freiheit, (« Le Volontaire », avec en sous titre:  pour l’unité, le droit et la liberté qui en était en 1991 à sa 40e année d’existence, ornée d’une croix noire sur fond blanc  militaire allemande ordinaire) qui est une mine de documents, et d’informations sur tous les membres de ce grand corps international au sein duquel progressivement les ressortissants de l’Empire allemand, le Troisième succédant au Second incluant, ceci dit pour que nul n’en ignore,  la dite maladroitement République de Weimar étaient quantitativement minoritaires. La République de Weimar était un Reich de forme républicaine. L’abdication de l’Empereur et Roi de Prusse Guillaume II n’avait pas aboli le Reich proclamé à Versailles, on ne le dira jamais assez, non par une initiative du Roi de Prusse, mais de Louis II de Bavière !

L’épouse  de l’ancien chancelier Kohl, par exemple, Hannelore qui avait été violée par des soldats soviétiques alors âgée de douze ans, au service des blessés allemands, soutenait, disait-on,  ces réunions, et était populaire parmi les « anciens camarades ». Bref,  les soldats de la Waffen SS étaient intégrés dans la société allemande. Des manifestations étaient, par exemple, jusqu’à l’arrivée de la Chancelière Merkel (ancienne responsable  de la  F.D.J Freie deutsche Jugend, jeunesse allemande libre de la zone soviétique d’occupation), organisées à Bad Reichenhall  pour honorer les Français fusillés par la Division Leclerc, comme on l’appelait, et le défunt Walter Held, des gardes frontières, par exemple, y paraissait, retraité, en uniforme, avec l’acceptation, à chaque fois obtenue, de son administration militaire. Des livres ont été publiés par les diverses divisions relatant leurs combats, l’accueil des populations, et tous les événements d’une vie militaire. Les réunions publiques étaient autorisées par la loi et non pas, pour ainsi dire, sous le manteau. Seules quelques obligations exigées par l’occupation et acceptées selon le principe typiquement allemand rappelé par Goethe que mieux vaut une injustice qu’un désordre, formule exactement platonicienne  disant que mieux vaut subir l’injustice que la commettre, faisaient, entre autres mesures que les croix de chevalier ou simples croix de fer devaient effacer la croix gammée.

Des Français, Belges, Espagnols, Hollandais, Hongrois, Finnois etc… ont été ainsi pensionnés et cela ne suscitait dans l’opinion française aucune protestation. Chaque année à Krumpendorf, en Carinthie, venait pour assister aux cérémonies sur le mont de l’Ulrichsberg (où était célébré une messe catholique avec les trois rites de l’Eglise actuelle, celui des traditionnels et des Vieux Catholiques), les étudiants présents avec leur costume masculin et féminin traditionnel, avec l’aide de la gendarmerie autrichienne offrant ses véhicules de transport aux personnes âgées ou infirmes, une délégation finlandaise menée par un pasteur qui venait en autocar en passant par la Russie. 

Le besoin de mordre, dans une génération qui n’a pas connu, civile ou militaire, les souffrances de la guerre, et encore et toujours jalouse de la Germanie laborieuse et prospère en premier par son travail, fait feu de tout bois, si l’on peut concilier ces deux images pour décrire une attitude passionnée pouvant ressusciter, si l’on n’y prend garde, le spectre de la guerre civile. Les cadavres ne nourrissent que les corbeaux ! Mais ceux-ci mêmes seront un jour pourchassés par des jacobins pour avoir été les compagnons de Wotan, dotés aussi de prescience, comme le veut une lointaine tradition faisant de leur passage le signe que ce dieu, au sens antique,  voulait, en second Mercure,  avertir le hommes de sa volonté.

La déclaration d’honneur, Discours parlementaire d’Adenauer du 3 décembre 1952

D’autres citations du Chancelier Adenauer, que l’on trouvera sur la toile, sont encore plus nettes sur la Waffen SS qu’il distinguait des services de sécurité, comme cette fameuse Gestapo -« police secrète d’Etat »-  ébauchée  sous le Second Reich pour lutter contre les sociétés révolutionnaires secrètes  du type de celle des Spartakistes de 1918-19, et, pour revenir au corps d’élite allemand,  dont il notait la valeur et le courage, la ténacité militaire,  qualités viriles nécessaires à une reconstruction nationale et européenne, et garantissant par cette énergie retrouvée, au terme d’épreuves terribles, et au sein d’une population civile atrocement prise pour cible par les ennemis, une entente entre les adversaires d’hier. Il est normal, humain, et moralement justifié que le gouvernement allemand ait soutenu dans leur pauvreté des hommes qui ne venaient pas à eux pour l’appât du gain.

Citons pour preuve des sentiments du Chancelier Adenauer, chrétien démocrate, comme on sait, aux origines en parties juives, sa réponse au général d’armée de la Waffen SS l’illustrissime Paul Hausser, donnée  le 17 décembre 1952 : 

« Très honoré M. le général d’armée,

Me conformant à une sollicitation, je (vous) communique  que la déclaration d’honneur  faite par moi dans mon discours du 3 décembre 1952 devant le Bundestag [La Diète fédérale ou Parlement]  Allemand, pour les soldats  de l’ancienne Wehrmacht allemande  comprend ceux aussi appartenant à  la Waffen-SS, pour autant qu’ils ont combattu exclusivement plein d’honneur pour l’Allemagne,

Avec l’expression de ma haute et éminente considération, je suis votre

Adenauer »

(Sehr geehrter Herr Generaloberst ! Einer Anregung nachkommend, teile ich mit, dass die von mir in meiner Rede vom 3. Dezember 1952 vor dem Deutschen Bundestag abgegebene Ehrenerklärurg für die Soldaten der früheren Deutschen Wehrmacht auch die Angehörigen der Waffen-SS umfasst, soweit die ausschließlich als Soldaten ehrenvoll für Deutschland gekämpft haben. Mit Ausdruck vorzüglicher Hochachtung bin ich Ihr Adenauer)

L’on cite tel ou tel cas pour déshonorer l’ensemble du corps et l’on devrait aussi se rapporter à un ordre du jour de Staline demandant que les partisans revêtent l’uniforme allemand pour terroriser la population russe. Mais pareil document, dont le numéro est bien archivé, autrefois paru dans Rivarol, n’est pas souvent mentionné. Il poserait trop de questions que les sophistes n’aiment pas entendre, et c’est pour cela qu’ils condamnèrent, à la honte de leur démocratie,  nous l’enseigne-t-on,  Socrate et  certains regrettèrent sa mort, comme le Diable a la nostalgie du Paradis perdu !

Pierre Dortiguier

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Pierre Olivier

Commentaires (1)

  1. Ivernazza dit :

    Merci, Monsieur Dortiguier,
    Pour cet hommage au Chancelier Konrad Adenauer, qui, bien qu’il avait eu quelque peu à souffrir du national-socialisme auquel il était politiquement opposé en subissant des détentions(1) en camp « de concentration »(2) avait, comme Chancelier su prouver qu’il était un homme courageux; honnête; juste et dévoué à l’Allemagne… il reste donc de ce fait, à en juger par le “courage” et – il faut bien le dire, la liberté d’action – très relatifs des divers “gouvernements” “aux ordres” qui lui ont succédé à ce jour, une extrême rareté.
    Il est vrai qu’en ces temps de guerre froide, les États-uniens avaient pour intérêt de faire oublier le traitement abject infligés à l’Armée allemande(3). ses membres prisonniers de guerre échappant au contrôle et à la protection de la Croix Rouge Internationale ainsi qu’aux diverses conventions internationales prétendant empêcher les crimes de guerre et l’usage disproportionné de la violence et de mauvais traitements au prétexte qu’ils n’étaient tout soudain plus des prisonniers de guerre mais des “disarmed enemy forces”(4); délicieux euphémisme imaginé par le pool de juristes que l’on imagine. Merci, Monsieur Dortiguier, de lui avoir rendu justice. Pour la même volonté de laver l’Allemagne d’une chape incapacitante de calomnies, bien des gens, en Allemagne “réduite” et en Autriche – et dans pas mal d’autres pays parmi les plus “droidelomesques” de notre monde réputé « libre » – dorment (et meurent) encore aujourd’hui dans nos prisons du monde occidental(5). Tous “punis” pour avoir voulu trop éclairer des points d’histoire que d’aucuns ont tout intérêt à laisser dans une obscurité propice à leurs intérêts…
    Bref, ce que vous avez relevé dans votre article, Monsieur Dortiguier, c’est d’abord et avant tout une affaire de courage.

    (1) En 1934, brièvement et surtout – sur soupçons de sympathie et de complicité possible – à la suite du coup d’état manqué tenté par la droite réactionnaire allemande en juillet 1944.
    (2) Camps de détention où étaient concentrés ceux qui, pour divers motifs, ne rentraient pas dans la logique sociale et/ou politique du national-socialisme.
    (3) Cette „Wehrmacht‟ à laquelle la „Waffen-SS‟ était opérationnellement subordonnée.
    (4) « Forces ennemies [trouvées] désarmées ».
    (5) Par ordre d’“ancienneté”: le docteur en chimie Wofgang Frölich (emprisonné en Autriche – curieusement jamais nommé dans les relations de la presse officielle autrichienne sur ses péripéties judiciaires); Horst Mahler (qui se meurt par petits coups d’amputations dans une prison allemande); Madame Monika Schæfer (une germano-canadienne arrêtée en Allemagne en plein procès de Madame Sylvia Stolz – Désormais libérée on lui a conseillé de rallier dans son Canada de résidence une sécurité toute relative; son frère Alfred Schæfer (un Germano-Canadien, emprisonné en Allemagne) et Madame Ursula Haverbeck (emprisonnée en Allemagne) – pour ne citer que quelques uns des plus récents…

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