Accueil » Culture » Une journée chez Léon Degrelle

Une journée chez Léon Degrelle

Ce 2 août 1992, nous nous présentions, venu par le train de nuit de la gare d’Atocha à Madrid où nous souhaitèrent un bon voyage son secrétaire et sa femme de noblesse hollandaise,  au poste de garde d’un  haut immeuble de Malaga, face à la mer, où habitait  avec une nouvelle identité espagnole, après une procédure d’adoption, l’illustre fondateur du mouvement Rex, en Belgique, ce terme étant emprunté à l’encyclique pontificale Christus Rex, Christ Roi! J’ignorais, en classe de préparation parisienne, le nom et l’œuvre politique et militaire de celui que nous avons déjà présenté comme le neveu de Pères jésuites, près d’une dizaine en un siècle, tous nés à Solre le Château, à notre frontière. La mère d’un camarade d’études belge, qui sera un très bon historien, garçon aimable et réservé, mon voisin de table en classe, au lycée Henri IV,  m’apprit ce nom, en me disant que les familles à Bouillon, avaient projeté leurs fiançailles, qu’il était un garçon magnifique, mais « vous savez ce qui s’est produit ». J’acquiesçai, tout en ignorant de qui il s’agissait et de quel événement elle parlait,  par politesse et discrétion, et de retour au lycée, un autre camarade Lafon me parla d’un ouvrage « La Campagne de Russie » édité à Tanger,  que l’on trouvait aisément chez un libraire provençal  des Quais de la  Seine, ancien militant communiste devenu Anticommuniste après le massacre de la Hongrie en 1956, et qui était installé, sur la rive gauche,   à l’angle des marches du Pont des Arts.

Drapeau de Rex

Je songeais à cela en prenant l’ascenseur et à peine la grille ouverte, sur le seuil, j’ai immédiatement reconnu la silhouette du héros de Hergé, Tintin, et à mon allusion à ce personnage et à son auteur, Léon Degrelle, près de sa seconde  femme Jeanne Brevet, me dit que Germaine, épouse d’Hergé  « était  de chez nous, une militante de Rex » !

Mon cadeau consistait en une liasse de documents photocopiés dans la bibliothèque des Jésuites à Chantilly et à Toulouse, près de cinquante pages, comprenant la vie de près d’une dizaine de Pères jésuites homonymes, tous nés au même endroit en France flamande (De Grelle signifiait le (De) fluet, tout comme le De de De Gaulle -De Wall-   est un article et non  une particule) , à partir de 1841, comme nous l’avons écrit dans un article précédant, et partis en Belgique suivre le noviciat et le cours d’études fort astreignant. Par suite des obstacles mis par l’administration anticléricale républicaine française, le père de  Léon Marie Ignace (par révérence pieuse envers le fondateur aristocrate et militaire de la Compagnie de Jésus saint Ignace de Loyola) Degrelle partit en Belgique, épousant une fille du Luxembourg, au nom typiquement germanique.

La physionomie de Degrelle, que je redis être identique à celle du héros de Hergé était avenante, simple et dénuée de toute vulgarité, affable, comme il se trouve en cette lignée qui ignore l’arrogance, une voix d’orateur, et un art non pas de dissimuler, comme on l’apprend partout, mais de se discipliner, de rentrer en soi, de semer du silence en jetant ses propos, typique de la formation classique des Jésuites que j’avais eue pendant mes 7 années de secondaire. 

Il m’interrogea sur le Collège, pour me mettre à l’aise, et lui dit qu’en lisant le catalogue ou lexique des noms et fonctions  des Jésuites sur la Province de Germanie, j’avais trouvé le nom d’un illustre personnage  bavarois du corps d’élite auquel il avait appartenu ! 

Sa salle à manger était entre son bureau où il rédigea des dédicaces pour les camarades français dont je lui   parlais et une pièce où  étaient accrochés les drapeaux de la division des « Bourguignons », avec les bâtons croisés. Je devais la même année lui envoyer un bel in-4°  du 17ème siècle, et fort rare, montrant ces bâtons croisés de Bourgogne avec un sanglier, et en latin la devise, il brûle mais ne se consume pas, ou une formule approchante. La réception de cet ouvrage fut la dernière occasion d’entendre sa voix au téléphone !

Etendard de la Légion Wallonie en 1944

Jeanne à qui j’apportais des vues de la ville de Brou, en Franche Comté, sa patrie, me dit que j’avais là-bas dormi dans un hôtel meublé de ce qui appartenait à son oncle Darnand.

A moment donné, à propos de De Gaulle, il me dit ce que j’ai déjà mentionné, qu’il le jugeait un excellent écrivain, supérieur même à Chateaubriand, qu’il manquait néanmoins de caractère, de fermeté politique, et  avait su s’opposer aux Américains au moment où ceux ci  voulurent aider les Rouges d’Espagne à entrer en 1945, car ces mêmes Américains lui avaient refusé l’annexion à la France du val d’Aoste.

Comme nous traitions de l’éthique sexuelle,  Léon Degrelle me déclara que le code militaire de la Wehrmacht ne prévoyait pas de jugement des hommes surpris dans ce type de relation, mais que la seule attestation de cet acte entraînait l’exécution immédiate. Il en avait été témoin en Russie.

Comme je lui apprenais que j’enseignais  de la philosophie à Pamiers, dans l’Ariège, la conversation porta sur le camp ariégeois du Vernet où  il avait été enfermé en 1940, ayant  sauté de prison en prison, après que le gouvernement maçonnique belge dirigé par le haut gradé Jansson (si j’orthographie),  l’ait livré à la France (il en parle dans la Cohue de 1940, ouvrage qui fut interdit par le ministère de l’intérieur). Il me parla du massacre du kiosque  d’Abbeville où  on avait cru qu’il était resté mort parmi ces victimes civiles flamandes comprenant Van Severen, dont un vieux prêtre flamand qui se tenait un œil pendant de l’orbite, et il m’avoua que Pamiers était pour lui le nom magique d’une vie civilisée, alors que ce camp, dirigé en 1940, par un nommé Levi, rassemblait la misère humaine, entassant Rouges et Blancs. Il a conté  cet épisode de sa vie dans « Ma Guerre en Prison » !

La guerre en prison, Leon Degrelle

Sur la terrasse, il me parla des conditions dans lesquelles il avait, comme le plus jeune député de Bruxelles qui ait jamais existé, de trente ans d’âge, voulu connaître l’avis de la diplomatie allemande sur le statut futur des villes de Eupen et Malmédy annexées au lendemain de la guerre, après un faux référendum dont avaient été exclus et les soldats et les fonctionnaires allemands jusqu’au simple facteur. Aussi avait-il été reçu par Ribbentrop qui parlait un français excellent et dont la famille, comme celle d’autres Allemands, au 19ème siècle avait importé en France des plants de vigne pour former le vin de Champagne, possédait donc des terrains en France et avait aussi reproduit la même qualité en Allemagne, ce qui entraîna Clémenceau à faire ôter cette appellation pour le vin blanc d’Allemagne, que l’on ne désigne plus en effet que par le Sekt ! Au cours de la conversation, le ministre lui dit, que le Führer voulait le voir, intéressé de connaître ce jeune député de Bruxelles.

Accompagné de sa première femme qui lui donna quatre filles, Chantal, Anne, Gottlief et Marie- Christine,  et un fils Léon Marie qui, tenu éloigné de lui pendant près de vingt ans (on lui présentait des photos de famille d’où le visage de son père était effacé  par ses éducateurs, ou qu’on avait découpées), devait succomber à un accident de moto, dès son arrive en Espagne, leur mère étant  fille d’industriel du Nord de la France,  il fit  donc la connaissance d’Hitler à Berlin, Ribbentrop servant d’interprète : « je lui demandais, me dit-il ,quelle était sa différence avec Mussolini qui exaltait la Rome des vertus républicaines, impériales, dont la grandeur et le goût de la construction étaient le caractère, alors que le national-socialisme puisait son énergie dans une autre mythologie, germanique », et Hitler, de rester silencieux, quelques secondes, et de répondre laconiquement, brièvement: « Moi, je suis grec ! »

La table était merveilleuse, et j’avais l’impression de voir cette « Table servie » que le noble Koran a su poétiser, par allusion à la Cène des Évangiles. Je lui parlais de mon expérience de l’Orient, et ouvrir cette porte est parler inévitablement de théologie. Il savait distinguer les fictions utiles de l’expérience interne sans laquelle l’idée de Dieu est vaine. Il s’enflamma, après que je lui citais une formule de dissertation de mes élèves, auxquels j’avais donné une de ses formules tirées de son beau livre « Les Âmes qui brûlent ». Que le monde de l’au-delà n’est ni comme l’imagine être, ni comme on se refuse à le voir, et il reprit en parlant de ce concept de Dieu qui  est un Absolu qui nous embrasse et nous embrase au besoin, mais reste en dehors de notre intelligence. Il me parla  de ses pèlerinages réguliers à Lourdes avec ses parents, et que cela l’avait aidé à reconnaître la route aérienne  d’Espagne pour diriger l’équipage à court d’essence, vers le Golfe de Saint Sébastien. Avant d’embarquer, il avait été, au début Mai 1945, salué par l’architecte Speer en Norvège, lequel,  avec son brassard, ne cessait de lever le bras !

La conversation porta sur la France, et aussi, même s’il me faut rester discret, sur un passeport que lui avait remis, pour aller voir ses enfants à Paris,  ici même sur cette terrasse où nous étions, à l’époque de Giscard d’Estaing, un acteur français   fort connu.

Comme des pétales de fleurs séchées, d’autres points de conversation, comme il se passe entre deux signes d’air, sont tombées au sol, et je devais revoir deux fois chez son admirable et dévoué, fort modeste, le vouvoyant et l’appelant du nom de Chef, secrétaire Raymond Van Leeuw, où il m’expliquerait la signification d’un tableau de Salvador Dali sur Adolf Hitler, dont nous avons déjà fait état dans un autre article.

C’était un bel homme, un homme de foi, discipliné, contemplativus in actione, contemplatif dans l’action: comme ancien et perpétuel professeur de philosophie, je conseille à mes jeunes lecteurs de lire « Les âmes qui brûlent ».

D’habitude, il jette les invités dehors, me dit Raymond Van Leeuw, après dîner, prétextant du travail. « Il vous a gardé toute la journée ! » et m’a dit combien vous étiez germanophile ! Il me raccompagna et marcha le long de la plage, puis après que je sois  entré dans le taxi, saluant longtemps de loin  à la romaine, la main ouverte, comme sa foi!

Un dernier mot : comme tous les volontaires et sympathisants notoires, les noms des anciens élèves des Jésuites ont été effacés des registres des collèges !

Pierre Dortiguier

Pierre Olivier

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Login

Lost your password?