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Éjection de Philippot : il fallait un bouc émissaire !

Contrairement à ce que l’on croit parfois, les divorces en politique tiennent bien plus souvent à des problèmes de personne, à des questions d’épiderme, de psychologie voire de psychanalyse qu’à des divergences de fond. En ce sens, la séparation entre Marine Le Pen et son influent numéro deux est un cas d’école. Rien ne distingue sur le fond la présidente du Front national de son ex-vice-président chargé jusqu’au 20 septembre au soir de la stratégie et de la communication au sein du parti. C’est si vrai qu’au lendemain du départ de Florian Philippot du Front national, Marine Le Pen, invitée de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, déclarait : « Avec Florian nous pensons la même chose, nous défendons la même chose, nous avons la même sensibilité. » Un peu plus tôt, elle confiait : « Je ne me suis jamais trouvée en désaccord avec lui. » Il n’y a donc pas l’épaisseur d’un papier à cigarettes entre les positions de Marine Le Pen et celles du président des Patriotes — qui n’a probablement aucun avenir politique à l’instar de tous les numéros deux qui ont quitté le Front ou en ont été chassés —. Pendant huit ans, de leur première rencontre en mai 2009 par l’entremise de Paul-Marie Coûteaux jusqu’à ces derniers mois, l’entente a pourtant été parfaite entre ces deux personnalités. « La journée commençait presque toujours de la même manière : “Florian” appelait “Marine” ou “Marine” appelait “Florian”. […] “Marine” a une idée, “Florian” la met en musique. “Marine” a un doute, “Florian” une réponse. Le prince et le conseiller se rêvaient en un duo dirigeant la France » écrit Olivier Faye dans Le Monde qui explique que leur relation était à la fois politique et personnelle : « Les deux n’ont jamais manqué de mettre en scène leur complicité, avec des photos postées sur Twitter ou des plaisanteries sur la chanson française, une de leurs passions communes. Leurs adversaires ont parfois caricaturé la présidente en Dalida entourée d’une cour, au centre de laquelle se trouverait son vice-président. Dans certains de ses SMS, “Florian” appelle “Marine” « ma chéwie », singeant la diction de l’animatrice d’origine brésilienne Cristina Cordula, celle qui relooke sur M6 les Français mal attifés. »

Il faut bien comprendre que, contrairement à ce qui a été souvent dit à tort ici et là, Florian Philippot n’a pas gouroutisé Marine Le Pen, ne l’a pas fait changer d’idées. Philippot n’est pas la cause de ce qui s’est passé au FN depuis bientôt une décennie, il en est l’effet. C’est parce que Marine Le Pen est une femme foncièrement de gauche (« on m’appelait la gauchiste du FN » rappelait-elle récemment avec fierté dans un entretien à Causeur) qu’elle s’est trouvée en parfaite osmose avec le gaullo-chevènementiste Philippot. Les deux sont des militants de l’avortement totalement libre, des droits des homosexuels, tous deux détestent le catholicisme (« tu ne vas pas nous faire revenir les cathos » avait-elle dit à Bay en bureau politique lors de la polémique accompagnant l’arrivée de Chenu, le fondateur de Gay-Lib, au FN) et l’héritage chrétien de la France, tous deux sont des apôtres de la laïcité républicaine dans la version rigoriste de 1905, tous deux sont jacobins, étatistes et dirigistes, tous deux considèrent que le concept de Grand Remplacement est un phantasme complotiste, tous deux détestent Pétain et Maurras, Faurisson et Drumont.

Répétons-le, Florian Philippot n’a fait que mettre en musique la ligne de Marine Le Pen, il s’est évertué à lui donner une consistance et une cohérence. Il est d’ailleurs venu au Front parce qu’il avait apprécié le livre qu’elle avait signé en 2006 A contre-flots, parce qu’il était parfaitement d’accord avec sa ligne de dédiabolisation, de normalisation. 

Alors, dira-t-on, s’ils sont d’accord sur tout, s’ils se sont tant aimés, pourquoi se sont-ils soudainement séparés ? C’est tout simplement que la présidentielle est passée par là, avec le débat calamiteux du second tour, des résultats bien moindres qu’espérés, des législatives catastrophiques — un FN à 13 % incapable de constituer un groupe parlementaire. Face à un tel désastre, alors que les sondages promettaient quelques mois plus tôt près de 30 % des voix au premier et plus de 40 % au second tour de la présidentielle, il fallait bien trouver un coupable, une victime expiatoire. Cela ne pouvait pas être le chef qui, au Front national, on le sait, est omniscient, omnipotent, infaillible et indéboulonnable. Il fallait donc sacrifier le numéro deux. Florian Philippot était le bouc émissaire idéal. Mal aimé au sein du parti du fait de sa relation exclusive et fusionnelle avec la présidente, le numéro deux pouvait facilement être chargé de tous les maux. Et c’est ainsi que ces derniers mois ses petits camarades multiplièrent contre lui les procès en sorcellerie sans que Marine Le Pen ne le défende (bien au contraire !) car sortie affaiblie, démonétisée et éreintée de la séquence électorale du printemps 2017, elle cherchait d’abord et avant tout à sauver sa peau, à se maintenir à la présidence du FN et à concourir à nouveau à la présidentielle de 2022. Ce n’est pas un hasard si, dès que Philippot a annoncé son départ du FN, Marine Le Pen a officiellement fait acte de candidature à la prochaine course élyséenne en déclarant sans rire : « Je suis la plus solide (sic !) et la mieux placée pour 2022 »

Ayant en l’espace de quelques mois poussé vers la sortie son hémisphère droit (Marion Maréchal Le Pen) puis son hémisphère gauche (Florian Philippot), elle pense ainsi s’être débarrassée de toute concurrence en interne. Elle règne sur un tas de ruines. Marine Le Pen a une façon tout à fait abjecte d’utiliser les gens, de se servir d’eux, de leurs compétences, de leur travail, de leur valeur ajoutée pour mieux les liquider, les jeter dans les ténèbres extérieures quand elle n’en a plus besoin. C’est ainsi qu’elle s’est débarrassée de son père en 2015 auquel elle devait tout, le faisant comparaître à plusieurs reprises tel un vulgaire collégien devant les instances disciplinaires du mouvement qu’il avait fondé et présidé pendant près de 40 ans, puis qu’à force de vexations et d’humiliations elle a conduit sa nièce à la démission le 9 mai dernier et maintenant elle pousse vers la sortie son conseiller le plus fidèle, le plus travailleur, le plus sincèrement mariniste, celui qui lui réalisait sur tous les sujets, en un temps record, des petites fiches synthétiques. Petites fiches qu’elle n’est pas toujours capable de déchiffrer et de répéter comme on l’a vu dans le débat du 3 mai face à Macron où la pauvre femme s’est emmêlé les pinceaux entre l’écu et l’euro, entre monnaie unique et monnaie commune, où elle a confondu SFR et Alstom, s’attirant cette réplique assassine de Macron : « Madame Le Pen, vous lisez une fiche qui ne correspond pas au dossier que vous avez cité. C’est triste pour vous parce que ça montre votre impréparation à nos concitoyens. Vous confondez les deux dossiers, il y en a un qui fait des téléphones (SFR), et l’autre, ça n’a rien à voir, il fait des turbines et du matériel industriel (General Electric) ». Philippot est certes détestable par bien des aspects mais cet énarque aurait au moins été capable de défendre de manière calme et cohérente la sortie de l’euro et de l’Union européenne !

L’ex-numéro deux du FN a fait 693 apparitions télévisuelles ces trois dernières années, soit 231 apparitions par an en moyenne, soit 4,5 fois par semaine… preuve de la puissance du lobby LGBT. Rappelons en effet que Philippot vit avec un journaliste de télévision travaillant à M6 et défendant « les droits des homosexuels » (“mariage”, PMA, GPA) ainsi que l’avait révélé Closer. Tout cela n’est vraiment pas notre tasse de thé mais reconnaissons, car dans la vie il faut toujours être intellectuellement honnête, que beaucoup d’interventions médiatiques de Philippot étaient plutôt bonnes, du moins quand il ne parlait pas des questions dites sociétales, qu’il était clair, précis et concis sur les questions de souveraineté et que les procès qui lui ont été faits ces derniers temps ne tenaient pas la route et étaient évidemment des prétextes pour le pousser vers la sortie. C’est bien connu : quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage. On a ainsi tout à coup reproché à Philippot de présider une association Les Patriotes qui était censée doublonner avec le Front et qui apparaissait comme l’embryon d’un parti politique. Mais, lors de sa création le 15 mai dernier, Marine Le Pen s’en était félicitée, s’écriant « tant mieux » lorsqu’elle avait été interrogée sur la question. Ce qui n’était donc pas un problème au départ l’est devenu car il fallait absolument se débarrasser d’un numéro deux devenu gênant et compromettant pour la suite de la carrière politique de la présidente du FN. Outre que les Patriotes indiquaient en toutes lettres sur leur site qu’ils se battaient « pour la victoire de Marine », cette association est née précisément de la volonté de la benjamine du Menhir d’engager la refondation du Front national, ainsi qu’elle l’avait indiqué dans son discours au soir du second tour de la présidentielle. C’était donc vraiment se moquer du monde que de faire de cette histoire un casus belli.

Car, que l’on sache, Marine Le Pen, tout en étant vice-présidente du Front national, dès avril 2003, dirigeait une association, Générations Le Pen, à laquelle on pouvait adhérer, qui recherchait des financements, avait un bulletin, L’Aviso, diffusait des communiqués, organisait des colloques et n’hésitait même pas à contredire la ligne politique du mouvement sur des questions essentielles comme l’accueil de la vie et la défense de la famille traditionnelle. Quand il s’agissait de mettre des bâtons dans les roues du secrétariat général alors dirigé par Carl Lang et de la délégation générale alors animée par Bruno Gollnisch, de créer dans les faits une hiérarchie parallèle, de multiplier des déclarations intempestives dans les media contre les numéros deux et trois du mouvement d’alors, elle ne se gênait pas. C’est ainsi qu’en octobre 2004 elle s’était répandue à la radio et dans la presse écrite contre les propos de Bruno Gollnisch défendant la liberté de recherche et d’expression sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Une fois élue présidente du mouvement en janvier 2011, elle traita avec encore moins d’égard Bruno Gollnisch. Alors qu’il protestait poliment (à la Gollnisch !) en bureau politique à la mi-décembre 2014 contre l’arrivée au FN de Chenu, Marine Le Pen, avec l’élégance et la maîtrise de soi qui la caractérisent, aboya : « Maintenant, ça suffit ! Bruno [Gollnisch], tu vois, là, il y a deux portes, celle des toilettes et celle de la sortie. Si tu n’es pas content, tu peux t’en aller ! »

La vérité, c’est que cette polémique sur l’association de Philippot est intervenue dans un contexte de purges contre ses proches : élimination des secrétaires départementaux philippotistes comme Robert Sennerich dans le Doubs ou Lilian Noirot en Saône-et-Loire, mise à l’écart de Sophie Montel, une intime de Philippot, à qui l’on a enlevé la présidence du groupe FN en région Bourgogne-Franche-Comté sans raisons sérieuses alors même que Montel et Marine Le Pen étaient jusqu’il y a peu les meilleures copines du monde. « Tu as raison, Sophie » avait ainsi lancé Marine Le Pen comme un cri du cœur après que Montel eut, le 1er mai 2016, tenu un discours ultra-féministe, que n’auraient pas renié les plus excitées du MLF, défendant « le droit à l’avortement et la sanctuarisation de la contraception ». La rupture entre les philippotistes et Marine Le Pen n’est donc pas politique. 

C’est d’ailleurs tout le paradoxe de la situation présente : Marine Le Pen se débarrasse des marinistes pur jus et ne garde pour l’essentiel que des marinistes alimentaires. Philippot et ses proches incarnaient en effet un marinisme chimiquement pur. Il n’y a donc aucune logique rationnelle, aucune cohérence dans cette purge. Si ce n’est que Philippot et les siens font d’évidence office de boucs émissaires. C’est la patronne qui s’est déconsidérée dans les trois débats télévisés successifs, face à Mélenchon, puis face à Poutou, et surtout face à Macron mais c’est le numéro deux, et seulement lui, qui paie les pots cassés !

[…]

Éditorial de Rivarol n°3298 du 27/9/2017

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Pierre Olivier

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