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Européennes : combien de divisions ? ​

C’est reparti pour un tour. Nous voilà de nouveau en campagne électorale, cette fois pour les européennes qui auront lieu exactement dans un an en mai 2019. La démocratie moderne repose sur le tout électoral et il n’est quasiment pas une seule année civile sans un ou deux scrutins. Ainsi, après les européennes de 2019, il y aura les municipales puis les sénatoriales en 2020, les départementales puis les régionales en 2021, puis la présidentielle et les législatives en 2022. Des centaines de millions d’euros vont comme chaque fois être dépensés en pure perte (qu’importe, c’est le contribuable qui paie !), les chaînes d’information continue vont multiplier les émissions politiques, organiser moult débats et duels, multiplier pendant des heures les commentaires de ces débats, les analyses des sondages et autres enquêtes d’opinion. De même qu’un médecin ausculte le pouls d’un patient, les modernes haruspices auscultent le pouls de l’opinion, nous disant, avant même que nous le sachions, ce que nous pensons de tel ou tel sujet, qui nous aimons et qui nous exécrons, les personnalités dont nous souhaitons voir l’influence croître ou décroître. 

Peu importe que le Parlement européen ne serve dans les faits quasiment à rien, le pouvoir étant concentré à la commission de Bruxelles, les uns et les autres vont avoir l’audace de nous présenter cette élection de mi-mandat, sans véritable enjeu, sans réelle importance, et qui ne changera rien à la vie quotidienne des Français, comme un scrutin capital dont l’avenir du pays et du continent dépendrait. Le pire, ce n’est pas tant que les politiciens qui ne vivent que de mandats rémunérateurs et de financements publics (mais souvent aussi occultes) tiennent invariablement ce discours pour mobiliser l’électorat, le pire, c’est que la majorité des gens continuent imperturbablement à se rendre dans l’isoloir et qu’ils auraient pour beaucoup d’entre eux l’impression de fauter, de manquer gravement à leur devoir s’ils s’abstenaient de participer activement à cette sinistre farce. Qu’à l’issue de la pathétique et désastreuse campagne présidentielle de 2017 près de 80 % des inscrits au premier tour et près de 75 % au second (après le débat calamiteux du 3 mai !) se soient précipités aux urnes prouve s’il en était besoin l’extraordinaire attraction du Système, du mirage électoral, de ce rituel magique dont les gens attendent fébrilement l’amélioration de leur sort. Plus les gens ont cessé de croire en la religion, plus ils espèrent en l’élection. Sans cesse trahis, sans cesse déçus, constamment manipulés et cocufiés, ils en redemandent à chaque fois. Et ceux-là mêmes qui s’affirment fièrement anti-démocrates, anti-républicains, anti-royalistes ne sont généralement pas les derniers hélas à sacrifier à ce rite démo(n)cratique.

 

Non contents de participer dévotement à tous les scrutins prévus par les institutions de la Ve République, des millions de gens se sont en plus précipités aux deux tours des primaires, celles de la droite et du centre pour les uns, de la gauche pour les autres. Il fallait les voir comment ils étaient contents d’avoir donné leur pièce de deux euros pour pouvoir voter, et avec quel enthousiasme, quel empressement, pour Fillon, le châtelain qui exigeait de ses enfants le remboursement intégral des frais occasionnés par leur mariage ! Quelle élégance ! Voilà une cupidité qui confine au sordide ! C’est sans doute ce que l’on appelle la droite d’argent, la droite des valeurs… mobilières ! Tous ces électeurs ne se rendent pas compte que les cocus, à chaque fois, c’est eux. 

Pour un honnête homme, ce devrait être un devoir civique et une obligation morale de ne jamais voter. Au moins on garde les mains propres, on ne pactise pas avec un système contre-nature fondé sur le mensonge et l’imposture et on ne se laisse pas séduire par autant de marchands d’illusions ! On ne participe pas non plus à l’enrichissement de partis politiques mafieux, la subvention publique étant calculée sur le nombre de voix obtenues aux législatives et on ne leur octroie pas de mandats grâce auxquels ils vont tout à la fois trahir et se servir. 

 

Dans les états-majors, les grandes manœuvres ont déjà commencé. Macron, voulant réussir à son tour ce qu’avait tenté Giscard en 1979, il y a quarante ans, lors des premières élections européennes, en imposant la candidature centriste et centrale de Simone Veil pour l’UDF naissante, le parti de VGE, entend constituer autour de la majorité présidentielle une liste réunissant tous les européistes, les eurobéats du centre gauche au centre droit, des rocardiens aux juppéistes. Le chef de l’Etat entend capitaliser sur les décombres du Parti socialiste et de l’UMP et préfère n’avoir pour principale opposition que Mélenchon sur son flanc gauche et Marine Le Pen sur son flanc droit. En effet, s’il veut être réélu en 2022, Macron a besoin d’un second tour à nouveau face à la candidate du Front national (devenu Rassemblement national) ou, à défaut, face à Mélenchon car leur positionnement aux deux extrémités (très relatives) de l’échiquier politique leur interdit de réunir sur leur nom la majorité des suffrages, la masse répugnant aux solutions jugées radicales.

Face à la Macronie qui espère arriver largement en tête du scrutin en mai 2019, les oppositions (ou ce qui en tient lieu) sont particulièrement éclatées tant à gauche qu’à droite. L’extrême gauche (Lutte ouvrière, Nouveau Parti anticapitaliste), la gauche radicale avec Mélenchon et le PC, les écologistes, les socialistes et les radicaux de gauche sont divisés.

 

A droite de l’échiquier politique (si tant est que ce mot ait un sens, tant il est vrai qu’il y a bien longtemps qu’il n’y a plus de droite en France), on s’oriente également vers une atomisation des listes que favorisent le scrutin proportionnel intégral et la possibilité d’être remboursé dès lors que l’on atteint 3 % des suffrages exprimés. A la liste des Républicains soutenue, mais non conduite par Laurent Wauquiez, vont s’ajouter selon toute vraisemblance celles de Nicolas Dupont-Aignan de Debout la France — qui s’est prononcé pour le maintien du “mariage” homosexuel —, du Rassemblement national de Marine Le Pen (même si elle-même a confirmé ne pas figurer sur la liste, laissant peut-être la première place à son concubin, le très falot Louis Aliot dont on connaît la vivacité du regard et l’acuité de l’intelligence !), des Patriotes de Florian Philippot, de l’Union populaire républicaine de François Asselineau, de Moins d’impôts maintenant de Nicolas Miguet. 

Mais que l’on se rassure : on va nous présenter ces européennes comme le premier étage de la fusée qui conduira à coup sûr à l’élection d’un candidat national en 2022 : après les européennes, les élections locales, et après les locales, nous diront les agités du bocal, le local de l’Elysée. Voilà trente ans que l’on nous fait le coup. Je me souviens encore de Bruno Mégret prédisant dans ses orientations stratégiques dans Français d’Abord à la fin des années 1980 et au début des années 1990 que la fusée FN allait enfin décoller, et que le dernier étage de la fusée, après les européennes et les municipales, serait l’Elysée. De même que le mur de Berlin s’est effondré, répétait-il, de même le mur du Système va bientôt s’effondrer et les nationaux vont gagner. Au final, trente ans plus tard, Mégret s’est retiré de la vie politique, l’opposition nationale est en charpie, ce qui reste du FN est aux ordres d’une poissonnière inculte et parricide, et le libéral cosmopolite Macron est, quant à lui, solidement installé à l’Elysée où il poursuit jusque-là sans trêve et sans heurts le démantèlement des frontières morales et physiques du pays. Est-il vraiment nécessaire de poursuivre la démonstration ?

Jérôme BOURBON

Editorial du numéro 3329 de RIVAROL daté du 10 mai 2018.

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Pierre Olivier

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