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Front national : faut-il changer le nom ou le chef ?

Six mois. Dans un semestre le Front national aura définitivement disparu. Lors de sa rentrée politique, Marine le Pen a confirmé que lors du congrès de Lille, en mars 2018, qui sera donc le XVIe et dernier congrès du FN, un nouveau mouvement serait créé, avec un nouveau nom et un nouveau logo. Sept ans après avoir succédé à son père à la présidence du Front national lors du congrès de Tours, Marine Le Pen se débarrasse d’une étiquette et d’un parti qu’au fond elle a toujours considérés comme encombrants. Ainsi s’achève l’entreprise dite de dédiabolisation qui a conduit à une mue profonde, puis finalement à la disparition pure et simple de l’ancien Front national. Après l’exclusion du père-fondateur en 2015, après la liquidation des fondamentaux du mouvement (inversion des flux migratoires, défense de la vie et de la famille, abrogation des lois Pleven et Gayssot, instauration du chèque scolaire permettant aux parents d’élèves d’opter en toute liberté pour l’école de leur choix, etc.), il était somme toute logique d’enterrer un parti porté sur les fonts baptismaux il y a quarante-cinq ans et qualifié d’extrême droite par les media.

S’il ne fait aucun doute que Marine Le Pen parviendra à ses fins (les statuts du FN sont ainsi faits que le président du mouvement est dans les faits inexpugnable et dispose de pouvoirs quasiment illimités), il n’est pas sûr cependant que la manœuvre lui soit au final profitable. Il faut en effet du temps pour faire connaître au grand public le nom et le sigle d’un parti. Or tout le monde connaît le Front national et sa flamme tricolore héritée de celle du MSI. Il ne sera pas évident de populariser rapidement un nouveau nom et un nouvel emblème et cela peut être un handicap sur le plan électoral. De plus, lorsque l’on a connu des échecs électoraux auxquels s’ajoutent des déboires financiers et des divisions internes, il faut s’appuyer sur ce qui reste encore de solide. De ce point de vue, liquider le nom et le logo du FN dans les circonstances présentes n’est pas le signe d’une grande intelligence stratégique.

En outre, on ne voit pas en quoi l’enterrement du FN et la création d’un nouveau parti seraient de nature à élargir l’électorat et à mener à de grandes victoires dès lors que le chef reste le même. Que l’on sache, c’est bien Marine Le Pen en personne qui a raté sa campagne présidentielle et qui a livré une prestation en tous points désastreuse, tant sur le fond que sur la forme, lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours au point que, dans certaines séquences surréalistes, on aurait dit une aliénée sortie de sa cellule capitonnée ou une ivrogne hallucinée. Tant que la benjamine de Jean-Marie Le Pen présidera aux destinées du parti, même si celui-ci change de nom, le problème restera entier. Le 8 septembre, Le Figaro publiait un sondage Odoxa Dentsu Consulting selon lequel 52 % des personnes interrogées considéraient désormais Marine Le Pen « plutôt comme un handicap » pour le Front national, tandis que 58 % des sondés voyaient en sa nièce Marion Maréchal Le Pen « plutôt un atout » pour le parti frontiste. De nombreux responsables du FN ont avoué que sur les marchés, pendant la campagne des législatives, les gens leur parlaient de la prestation pitoyable de leur chef face à Macron, un débat qui les avait manifestement interloqués voire traumatisés. Et il est vrai que dans toute l’histoire de la télévision, tant en France qu’à l’étranger, il est difficile de trouver un précédent à un tel suicide politique en direct, et ce en continu pendant deux heures et demie. Dans n’importe quelle formation au fonctionnement un tant soit peu normal, un chef qui aurait livré une telle prestation déshonorante, soit aurait démissionné de lui-même par simple dignité, soit aurait été débarqué par le mouvement soucieux de sa survie et de sa réputation.

Las, il n’en est rien au Front national dont le mode de fonctionnement est autocratique. Et puisque le chef est intouchable, ce sont les seconds qui sont les fusibles. Il faut dire qu’il n’a jamais fait bon être numéro deux au FN. C’est un poste très dangereux et qui ne porte généralement pas chance à son titulaire. Alors qu’elle a imposé à tous depuis des années la personne et la ligne de Florian Philippot avec lequel elle semblait former un tandem inséparable et qui lui préparait minutieusement sur tous les sujets des petites fiches que cette politicienne inculte devait potasser, voilà qu’elle le rend seul responsable des récents échecs électoraux. Marine Le Pen n’étant évidemment elle-même responsable de rien, il faut bien trouver un coupable et lui couper la tête. Et comme toujours on commence par les lieutenants les plus proches du numéro deux, en l’occurrence Sophie Montel qui était pourtant une mariniste pur jus (si, ça existe !) et qu’elle a promue toutes ces années, approuvant et encourageant ses positions en faveur de l’avortement totalement libre et du féminisme le plus radical. L’élimination de cette dernière de la présidence du groupe FN en Bourgogne-Franche-Comté, le refus de donner un CDD au nullissime comédien Franck de Lapersonne, qui ne reculait pourtant devant aucune dithyrambe à l’égard de la forcenée de Nanterre rappellent les débuts de la crise entre Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret en 1998. N’oublions pas que la cassure est devenue irrémédiable après le refus du Menhir de reconduire le contrat de travail au FN d’intimes de Mégret, Hubert Fayard et Nathalie Debaye. Lorsque l’on touche à la gamelle, les réactions peuvent être très violentes. On peut toutefois compter sur Philippot pour s’accrocher aux branches. Il a certainement compris que sans le Front il n’existerait plus politiquement. Il préfèrera donc pousser Marine Le Pen à la faute, l’obliger éventuellement à l’exclure plutôt que de partir de lui-même pour montrer ainsi que la violence, l’injustice et l’ingratitude ne sont pas de son fait.

Le spectacle lamentable qu’offre actuellement le FN et dont Robert Spieler donne de menus détails dans sa chronique est évidemment une aubaine pour les autres opposants à Macron. Une chance pour Mélenchon qui cultive sa posture d’opposant numéro un au chef de l’Etat même si c’est bien sûr une imposture. Et plus encore une chance pour le sémillant et quadragénaire Laurent Wauquiez qui sera, selon toute vraisemblance, triomphalement élu à la présidence des Républicains en décembre et qui brûle de refaire, lors de la présidentielle de 2022, et auparavant lors des élections intermédiaires, ce que son modèle et mentor Sarkozy avait réussi en 2007 : siphonner les voix du FN en reprenant les codes, les formules, les slogans et les thèmes de nature à séduire l’électorat frontiste. Car la politique moderne n’est au fond rien d’autre que du commerce. L’on raisonne en parts de marché, l’on fait de la communication, il s’agit de captiver l’électeur pour le récupérer. Tout est une affaire de manipulation, de tromperie mais nullement de convictions et d’idéaux. Et le pire, c’est que cela marche à tous les coups ! 

[…]

Éditorial de Rivarol n° 3296 du 13/09/2017

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Pierre Olivier

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