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L’AF et la crise de la presse écrite : manque de moyens ou de convictions ?

FÂCHEUSE COÏNCIDENCE. Trois jours après que le ministère de la Culture eut décidé, essentiellement sous la pression d’associations juives, de retirer Charles Maurras de la liste des commémorations nationales en 2018, année du cent cinquantième anniversaire de la naissance du maître de Martigues, le journal de l’Action française mettait la clé sous la porte. Dans ce qui constitue son dernier éditorial, le directeur éditorial de l’Action française 2000, François Marcilhac, écrit : « ce numéro est le dernier de L’Action française 2000, puisque nous sommes contraints de cesser notre parution en raison de problèmes financiers que nous ne pouvons plus éluder. Cela peut paraître, en un sens, une victoire de l’oligarchie et de ceux pour qui la parole et l’action patriotes doivent absolument disparaître du paysage national. »

Quelle tristesse que le périodique officiel de l’Action française disparaisse à l’aube des 150 ans de la naissance de Maurras, des 120 ans de la création du mouvement en 1898, en pleine affaire Dreyfus, des 110 ans de la fondation du si célèbre quotidien de l’Action française qui parut sans discontinuité du 21 mars 1908 au 24 août 1944 où il fut interdit par les “libératueurs” ! Si l’on excepte la période de l’épuration sanglante entre l’été 1944 et l’été 1947 où l’AF dut recourir, du fait d’une violente persécution politique, à une presse clandestine, les Documents nationaux de Georges Calzant, le futur fondateur d’Aspects de la France en juin 1947, jamais le journal de l’Action française n’a cessé de paraître depuis près de cent vingt ans. Sa périodicité a pu varier depuis sa fondation en 1899 par Henri Vaugeois et Maurice Pujo au premier étage du Café de Flore à Saint-Germain-des-Prés : bimensuelle de 1899 à 1908, quotidienne de 1908 à 1944, hebdomadaire de 1947 à 1998, de nouveau bimensuelle de 1998 à 2018, cette publication officielle du mouvement royaliste en a toujours constitué le navire amiral. 

COMMENT est-il possible, compte tenu des dévouements militants qu’a toujours suscités cette école de pensée, que le journal s’arrête ainsi brutalement alors qu’a priori rien ne le laissait présager et que le mouvement affirme même connaître une hausse des adhésions depuis quelques années ? Il y a à cette disparition plusieurs explications, les unes indépendantes de l’organe de l’AF, les autres liées à certains choix éditoriaux. 

C’est peu dire que la presse écrite dans son ensemble se porte mal. La redoutable concurrence d’Internet, la baisse du pouvoir d’achat qui rend beaucoup de personnes moins enclines à acheter des revues et des journaux qui ne sont pas pour elles des produits de première nécessité, le scepticisme d’une large partie de la population sur la capacité du militantisme et de l’action politiques à changer les choses, à bouleverser la donne, à améliorer la vie quotidienne, la perte des habitudes de lecture chez les nouvelles générations, tous ces facteurs expliquent déjà pour une large part les difficultés actuelles de la presse. Nous semblons vivre un changement de civilisation : après avoir connu l’ère de Gutenberg et le développement constant de l’impression et de l’édition pendant plus de cinq cents ans,  se dirige-t-on immanquablement vers la disparition de la presse papier, de l’imprimé et du seul triomphe du numérique ? Il est hélas permis de le craindre, sans doute pas à très court terme, mais d’ici quelques années, ou tout au plus quelques décennies.

EN QUELQUES SEMAINES on a ainsi pu enregistrer la disparition de trois titres qui existaient pourtant chacun depuis longtemps : la Nouvelle Revue d’histoire en décembre, la revue catholique Sous la bannière en janvier et donc l’Action française 2000 en février. Même si les raisons de l’arrêt de ces trois périodiques ne sont pas identiques, ces cessations de parution successives témoignent objectivement d’une situation préoccupante. 

La liste des disparitions pourrait d’ailleurs bientôt s’allonger si l’on en juge par les graves difficultés rencontrées par des confrères et dont ils n’ont pas hésité à faire état dans leurs publications, notamment à l’occasion de leurs vœux. Difficultés structurelles encore aggravées par la crise de la messagerie Presstalis — les anciennes NMPP (Nouvelles messageries de la presse parisienne) —, qui, pour éviter la faillite, veut imposer, en accord avec l’Etat, et contre toute justice, à tous les éditeurs, y compris ceux de la messagerie concurrente, les MLP (Messageries lyonnaises de presse) qui n’y sont pour rien, un prélèvement supplémentaire de 2,25 % de leurs chiffre d’affaires annuel pendant au moins quatre ans et demi, de janvier 2018 au 30 juin 2022. Pour un hebdomadaire comme le nôtre, compte tenu de nos ventes, cela représenterait un manque à gagner annuel d’environ 20 000 euros. C’est sans doute peu pour une très grande structure, c’est en revanche considérable pour une modeste publication comme la nôtre. 

POUR AUTANT, les difficultés rencontrées par beaucoup de périodiques n’ont pas exclusivement une origine extérieure. Il faut aussi s’interroger sur la pertinence de la ligne éditoriale. Tout n’est pas la faute des autres ou de la malchance. Il faut ainsi reconnaître que l’Action française 2000 n’avait hélas plus grand-chose à avoir avec le journal dirigé par Maurras. Certes les temps ont changé et les lois répressives font qu’il est plus difficile de s’exprimer aussi librement que sous la IIIe République. Mais il reste toujours possible, moyennant quelque habileté, d’appeler un chat un chat et de dire la vérité. Or le journal et le mouvement de l’Action française ont totalement renié aujourd’hui ce que disait Maurras sur la question juive, sur la franc-maçonnerie, sur les quatre Etats confédérés. Le directeur éditorial du journal, François Marcilhac, a même censuré Michel Fromentoux début 2012, et l’a conduit au départ, dans des conditions humainement abjectes, alors que ce dernier s’était dévoué corps et âme pendant plus de quarante ans pour l’AF au point d’y ruiner sa santé (il a fait un accident vasculaire cérébral en 2008 dont il ne s’est jamais remis, tellement il croulait sous le travail et la fatigue après la mort de Pierre Pujo lorsqu’il s’est retrouvé à devoir rédiger quasiment tout seul le journal). La bande d’eunuques de la nouvelle AF a reproché à Fromentoux d’avoir rendu hommage, dans un article pourtant pondéré et qui ne présentait aucun risque juridique, à Xavier Vallat, qui fut un des directeurs de l’AF après-guerre après avoir été en 1941-1942 commissaire général aux questions juives. L’actuelle direction de l’AF a honte de ses grands ancêtres, de ses devanciers. Elle préfère se soumettre aux oukases du judaïsme politiquement organisé.

Les dirigeants de l’Action française 2000 ont ainsi été incapables de dire ou seulement de suggérer, même dans leur dernier numéro, que c’est le lobby juif qui a contraint les pouvoirs publics à retirer le nom de Maurras du livre des commémorations de 2018. Ils n’ont même pas cité le nom des organisations (la LICRA, le CRIF…) qui ont exigé cette capitulation alors même que le livre était déjà imprimé. Pourtant, lorsqu’on va mourir, qu’on jette ses derniers feux, qu’on délivre son ultime message, on devrait pouvoir être sincère, lucide et un peu plus courageux que d’habitude. Puisqu’on n’a plus rien à perdre, puisque le sort en est jeté, pourquoi alors ne pas dire toute la vérité ? 

Manifestement ce n’est pas le choix fait par la direction de l’Action française 2000 puisque, dans son ultime éditorial, Marcilhac écrit encore qu’il faut « nettoyer la doctrine de Maurras de ses scories historiques », comprendre rejeter son antisémitisme. Ce qui fait écho aux propos de feu Pierre Boutang selon lequel Maurras avait raison sur tout, sauf sur la question juive. Il faut oser ! Car on ne peut découper en tranches la pensée du maître de Martigues. Elle forme un tout cohérent. Sa critique radicale de la démocratie, de la République maçonnique est inséparable de sa position sur la question juive. L’une ne va pas sans l’autre. L’une s’explique par l’autre. L’une découle de l’autre. Si l’on n’est pas capable d’assumer l’antisémitisme de Maurras, que l’on ne se dise pas maurrassien. Mais que l’on ne dévoie pas, que l’on n’occulte pas, que l’on ne mutile pas la pensée de l’auteur de l’Enquête sur la monarchie. 

DANS UN COURRIEL collectif envoyé le 31 janvier aux rédacteurs du journal et intitulé « l’AF 2000, c’est fini », le rédacteur en chef Philippe Mesnard écrit : « Je me suis permis de parler d’Israël comme Boutang en parlait. Il ne s’agissait pas de viser en permanence les vieilles cibles faciles, ni de célébrer avec une ridicule nostalgie des combats qui n’avaient plus de sens, mais de regarder ce qui se passe et ce qui s’annonce ». Peut-on écrire quelque chose de plus sot, de plus minable et de plus contraire au bon sens ? Car, que je sache, l’influence et la puissance du lobby juif n’ont nullement été réduites depuis la dernière guerre, bien au contraire. La non-réédition des pamphlets de Céline, le retrait de Maurras du livre des commémorations de 2018 en sont des signes tangibles, même s’ils sont bien loin d’être les seuls. Et que dire de la religion de la Shoah enseignée dès l’école primaire, diffusée dans tous les media, au cinéma, par toutes les institutions, tous les corps de l’Etat ? Il n’y aurait donc rien à dire, ni à redire, à propos de cette écœurante atteinte à l’âme, au cœur et à l’esprit des petits et des grands, de ce viol permanent des consciences, de cette machine à haïr, à détruire, à anéantir tout ce qui ne se soumet pas au Dogme ? 

N’y aurait-il donc rien à dire, ni à redire, quant à la sacralisation chaque jour plus grande de l’entité sioniste qui peut humilier, maltraiter et massacrer depuis soixante-dix ans les Palestiniens qui sont pourtant chez eux, qui peut mettre à feu et à sang le Proche-Orient par ses guerres de conquête, par sa volonté d’anéantir tous les Etats et gouvernements de la région qui ne mangent pas dans sa main et qui veulent pouvoir être maîtres de leur destin sans devoir demander l’autorisation préalable du Congrès juif mondial ou le nihil obstat du mafieux Netanyahou et de son Etat terroriste et voyou ? Il est triste que l’AF d’après-guerre ne se soit jamais intéressée au révisionnisme historique, qui est pourtant l’une des grandes aventures intellectuelles du XXe siècle, certes risquée mais fondamentale ? Et que non seulement elle ne s’y soit pas intéressée mais qu’elle l’ait méprisée et qu’elle se permette même de diaboliser et d’exécrer ceux qui donnent la parole à Robert Faurisson. 

Antoine Berth, le porte-parole de l’AF, intellectuellement aussi pleutre que prétentieux (les plus lâches sont généralement les plus vaniteux, cela fait partie de la comédie humaine), a ainsi twitté le 1er février avec une rare élégance : « Si RIVAROL arrête sa parution, ça fera au moins une bonne nouvelle. » Plutôt que de se réjouir par anticipation d’une éventuelle disparition de l’hebdomadaire de l’opposition nationale et européenne, le pauvre Berth, qui est bien bête, qui est à la fois un tocard et un cafard, devrait s’interroger sur les raisons profondes de la déconfiture de l’AF 2000. De même qu’on ne fait pas la queue devant une boulangerie qui ne vend pas de pains, devant un cinéma qui ne passe pas de films, on n’achète pas un journal qui est vide, où l’on n’ose plus rien dire et où l’on se soumet à la bien-pensance. Lorsque Maurras se présentait à son procès en arborant la Francisque du Maréchal et en s’écriant « C’est la revanche de Dreyfus », cela avait quand même une autre allure, une autre classe que les reniements et les reptations de tous ces minables ! 

NOUS IGNORONS combien de temps durera RIVAROL (pour l’instant il se porte bien, merci) mais si un jour il devait disparaître, que ce ne soit pas parce qu’il a abdiqué, renié ou affadi ses positions. A tout prendre, mieux vaut couler avec le navire, le drapeau déployé, plutôt que de trahir. Mais la meilleure façon d’être et de durer, n’est-ce pas au fond de faire son devoir et de dire à temps et à contretemps la vérité ? Cette vérité qui enflamme, qui réchauffe, qui irradie, qui dilate, qui brûle le cœur et l’âme, à l’instar de l’amour passionné de deux époux l’un envers l’autre, qui donne un sens à sa vie, à son combat, à sa destinée et qu’il faut par dessus tout servir et honorer. 

Jérôme BOURBON

Éditorial du numéro 3316 de RIVAROL daté du 7 février 2018.

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Pierre Olivier

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